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Pour un management alternatif

21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 16:14
Baisse des dotations : faut-il passer à un service public low cost ?

Un article de la gazette des communes qui au-delà de son orientation pose la question centrale du moment: celle de la qualité du service public menacée par la politique gouvernementale relayée localement, elle-même relais de la politique du FMI, de la Banque mondiale et de l'Union européenne.

Comment convaincre les élus locaux et les agents territoriaux d'adapter les politiques publiques pour passer de l'excellence à la performance ? Dans un contexte financier durablement contraint pour les collectivités locales, la chaire Optima de l'université de Pau a réfléchi aux différentes manières de faire mieux avec moins. Pour autant, le service public de demain doit-il adopter le modèle du low cost ?

« La baisse des dotations n’est pas conjoncturelle et se prolongera après 2017. C’est une nouvelle époque où il faut faire différemment. Mais ce n’est pas forcément un mal : le toujours plus n’est pas synonyme de toujours mieux », observe Jean-Louis Pérès, l’adjoint au maire de Pau (Pyrénées-Atlantiques, 80 000 hab.) en charge des finances, lors d’un colloque organisé par la chaire Optima de l’université de Pau et des pays de l’Adour, le 21 mai.
Pour s’adapter, l’élu Modem identifie deux directions principales : « Revoir l’organisation des services et le management des équipes, d’une part, et rationaliser et mutualiser les équipements et organismes satellites, d’autre part. »

« Troquer l’excellence pour la performance »

De son côté, Laurent Chavillon, le directeur départemental adjoint du Sdis des Yvelines, explique avoir « progressivement troqué la notion d’excellence pour celle de performance ». « Notre parc matériel était à la pointe de l’innovation, engagé dans une sorte de toujours plus alors que nous n’avons pas nécessairement besoin d’avoir toutes les dernières options pour remplir nos missions », remarque-t-il.

Une démarche difficile à faire passer auprès des équipes, ces dernières tendant à y voir une remise en cause de leur métier : « En fonction du point de vue, l’innovation peut être perçue comme positive ou négative, il ne faut pas l’oublier. Les agents n’ont pas tous conscience du contexte budgétaire dans lequel nous sommes et vers lequel nous allons. Il faut leur expliquer clairement si l’on veut que le changement soit accepté et approprié », témoigne Laurent Chavillon.

« Les bonnes économies nécessitent du temps »

A Pau, le directeur général des services, Nicolas Pernot, est aussi un adepte du « plus égale moins ou moins égale plus », considérant que « si on avait mené une politique d’économies depuis 20 ans dans les collectivités, on aurait considérablement amélioré la qualité et l’efficacité de nos services publics et peut-être même dégagé des marges de manœuvre pour développer de nouveaux services. »

Après l’avoir initiée au Havre dès 2008, il a mis en place à Pau, en 2014, une politique de « responsabilisation financières des directions et des services ». Le principe étant de fixer un budget par mission assorti d’un programme pluriannuel d’économies dans les dépenses de fonctionnement. En contrepartie de cette « contractualisation », chaque direction dispose d’une grande liberté dans les moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs fixés. Ces derniers « ont été atteints dans 95 % des cas », assure Nicolas Pernot qui rappelle que « les bonnes économies nécessitent du temps et ce temps est très variable en fonction de la nature et de la taille des services concernés. »

« Sans le low-cost, cet équipement n’aurait pas vu le jour »

Autre ville, autre démarche, mêmes objectifs. Alain Jouanjus présente l’approche « low cost » mise en œuvre à Cannes (Alpes-Maritimes, 74 000 hab.) lorsqu’il en était le DGS de 2008 à 2014. « Nous avons choisi de ne retenir que le cœur de notre mission de service public et de prendre en compte le coût global du service et de l’équipement (conception, réalisation, fonctionnement, maintenance, agents mobilisés, etc.). Autrement dit : on ne fera pas ce qui est le plus beau, on renonce à l’idéal et on opte pour ce qui correspond le mieux aux besoins », relate le fonctionnaire, actuellement chargé de mission au Conseil général de l’armement.

Mais, comme à Pau, cette démarche est souvent source d’inquiétudes pour les services concernés : « Revoir les ambitions initiales, c’est pénible. Ce n’est pas toujours agréable mais c’est indispensable si l’on veut continuer à investir », affirme Alain Jouanjus, qui a notamment appliqué ce principe de sobriété à des équipements de mise en accessibilité, une piscine, un gymnase ou encore une capitainerie avec plusieurs millions d’euros économisés à la clef.

Quant à la mauvaise image qui colle à l’appellation low cost et à la crainte d’un service de mauvaise qualité, l’ancien DGS cannois répond : « Il faut expliquer aux usagers que l’équipement low cost retenu par la mairie n’est pas un choix dégradé et que, sans cette démarche, cet équipement n’aurait tout simplement pas vu le jour ! » Voilà qui a le mérite d’être clair.

Baisse des dotations : faut-il passer à un service public low cost ?
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